Historique

Aujourd'hui, une Faculté de philosophie indépendante…

L’Université de Strasbourg est l’une des rares en France à posséder une Faculté de Philosophie indépendante : en dehors des Universités de Paris-I, Lyon-III, Rennes-I et Strasbourg, la philosophie est partout ailleurs un simple département à l’intérieur d’une faculté ou UFR de lettres et / ou de sciences humaines. La Faculté de Philosophie de Strasbourg a été recréée en 2010 à l’occasion de la fusion des trois universités strasbourgeoises (Université Marc-Bloch pour les lettres et sciences humaines, Université Louis-Pasteur pour les sciences et la santé, Université Robert-Schumann pour le droit, les sciences politiques et les hautes études commerciales).

… héritière d'un long passé

En se dotant d’une Faculté de philosophie, l’Université de Strasbourg a ainsi permis que soit recueillie, transmise et poursuivie la longue histoire de la Facultas philosophica de Strasbourg. Cette histoire remonte à la fondation, le 22 mars 1538, du Gymnase protestant par Johannes Sturm : établissement d’enseignement à la fois secondaire et supérieur, ce Gymnase était constitué, pour sa partie supérieure, d’une Faculté des arts où étaient enseignées la philosophie, l’histoire, les langues anciennes et les sciences (en particulier la médecine), ces enseignements étant couronnés par ceux du droit (ou de la « jurisprudence ») et de la théologie protestante. Le 30 mai 1566, le Gymnase strasbourgeois était transformé par l’Empereur Maximilien II en une Académie dotée d’une seule Faculté pleine et entière, la Faculté de philosophie : elle seule décernait les grades supérieurs de Maître et de Docteur, tandis que les Facultés de droit, de médecine et de théologie ne décernaient que la Licence. Les étudiants strasbourgeois en droit, médecine et théologie devaient donc quitter l’Académie de Strasbourg pour tenter d’aller obtenir ailleurs (généralement à Bâle, Tübingen ou Heidelberg) les grades supérieurs dans leur discipline.

Cette situation ne changera qu’en 1621 avec la création, le 14 août, de l’Université de Strasbourg grâce à l’accord entre la ville de Strasbourg et l’Empereur Ferdinand II : en échange de la non-participation de Strasbourg à la Guerre de Trente Ans, l’empereur conféra aux quatre Facultés les privilèges que seule la Faculté de philosophie possédait jusque là. L’annexion de l’Alsace à la France après les traités de Westphalie (1648) eut moins de conséquences que la Révolution qui, en 1793, abrogea les universités, dont celle de Strasbourg. Il fallut attendre la réorganisation impériale des universités pour retrouver à Strasbourg, à partir de 1808, quatre Facultés : en lettres, sciences, droit et théologie – mais pas en philosophie.

Ce fut la création le 1er mai 1872, après le rattachement de l’Alsace-Moselle à l’Empire allemand, de la Kaiser-Wilhelms Universität qui permit de retrouver à Strasbourg une « philosophische Fakultät » au sens allemand du terme, c’est-à-dire une Faculté de philosophie qui inclut en son sein d’autres disciplines que la philosophie (notamment les lettres et les langues). Par la suite, ni le retour à la France et la recréation de l’Université de Strasbourg le 22 novembre 1919, ni le second retour à la France après les années noires de la Reichuniversität Straßburg ne permirent que soit constituée à nouveau une Faculté de philosophie et il fallut donc attendre la réunion en 2009 des trois universités créées en 1971 pour retrouver à Strasbourg une Faculté de philosophie qui soit complètement et strictement dévolue à l’enseignement et à la recherche en philosophie.

Cette Faculté a su trouver ses marques aussi bien parmi les 37 composantes de l’Université de Strasbourg et ses 5 grands domaines de formation, que dans le paysage philosophique rhénan grâce à sa coopération avec sa voisine allemande, le philosophisches Seminar de l’Université de Freiburg : en témoignent à la fois l’augmentation constante de ses effectifs étudiants depuis 2013, le maintien au fil des ans de son potentiel d’enseignement et l’augmentation de son potentiel de recherche (nombre croissant de doctorants, en particulier sous contrat, et programmes financés par l’ANR, l’USIAS, le CIERA et l’UE-Interreg).