DATES
Le séminaire aura lieu les vendredis matin de 10h à 12h,
le 18 et le 25 septembre, le 16 et le 23 octobre, le 5 novembre
à la Faculté de philosophie, 7 rue de l’Université, salle 007 (rez-de-chaussée).
ARGUMENTAIRE
Nous assistons aujourd’hui à une réapparition des références à l’Apocalypse, non seulement dans des courants fondamentalistes, mais aussi dans des milieux laïcs. Dans son usage courant, ce mot est synonyme de "catastrophe" (nucléaire, écologique…). Mais cela ne tient pas compte de sa signification historique, plus complexe et ambiguë puisque apokalupsis désignait d’abord la révélation, le dévoilement d’une vérité cachée, avant de prendre le sens de destruction totale. Ce terme s’inscrit en effet dans une tradition religieuse où la révélation apocalyptique est l’annonce de la "fin des temps", de l’anéantissement de notre monde, suivi par l’avènement d’un monde nouveau, délivré du mal. Du Livre de Daniel et des Apocalypses juives jusqu’à l’Apocalypse de Jean, ces écrits mettent en scène différentes figures : la Bête et le Dragon, les "faux prophètes", le Sauveur messianique et son Ennemi (un faux messie désigné parfois comme "l’Antéchrist"), la bataille finale entre le Bien et le Mal... Ils déterminent une certaine conception de l’histoire, marquée par une rupture radicale entre l’Ancien et le Nouveau, par une "contraction" du temps exprimant l’imminence des Derniers Jours et par le caractère entièrement prévisible de l’avenir. Nous allons interroger ces textes des traditions juive et chrétienne -sans oublier leur version musulmane- pour tenter de comprendre l’émergence du schème de l’Apocalypse et sa persistance plus ou moins déformée jusqu’à notre époque.
Ce qui nous amènera à nous confronter à une série de questions soulevées par les écrits apocalyptiques. Nous nous demanderons notamment (1) dans quelle mesure ce schème biblique se maintient-il sous une forme sécularisée dans l’imaginaire de la "Révolution" (communiste ou fasciste) – (2) si on a affaire à un simple mythe ou bien à une dimension fondamentale de l’existence qui se manifesterait aussi dans certaines psychoses - (3) si ces écrits appartiennent à la "contre-histoire" des dominés en soutenant leur espoir d’un monde meilleur ou s’ils présentent au contraire un nouveau modèle de domination – (4) de quelle crise du politique et de l’histoire la résurgence actuelle de l’Apocalypse est-elle le symptôme.
BIBLIOGRAPHIE DE BASE
-Livre de Daniel, 2° épître aux Thessaloniciens et Apocalypse de Jean, dans La Bible (Cerf, TOB, Bayard, etc.)
-Livre des Jubilés, Livre d’Hénoch, Apocalypses de Baruch, dans La Bible – Écrits intertestamentaires, Gallimard, Pléiade
-E. Bloch, Thomas Münzer, théologien de la Révolution, UGE 10/18
-Ph. Burrin, Ressentiment et Apocalypse, Seuil
-N. Cohn, Les fanatiques de l’Apocalypse, Payot
-J.P. Filiu, L’Apocalypse en Islam, Fayard
-V. Delecroix, Apocalypse du politique, Desclée de Brouwer
-G. Didi-Huberman, Les anges de l’histoire, Minuit
-M. Revault d’Allonnes, La crise sans fin, Seuil
-J. Rogozinski, Djihadisme, le retour du sacrifice, Desclée de Brouwer
-M. Walzer, La révolution des saints, Belin