Emmanuel Salanskis

Maître de conférences en philosophie

Doyen de la Faculté de philosophie

Membre du Centre de recherches en philosophie allemande et contemporaine (CREPHAC, UR 2326)

Bureau 118 (1er étage) / Mail : salanskis@unistra.fr

Réception des étudiants : sur rendez-vous.

                                                                                



Domaines de recherche

- Philosophie allemande des XIXe-XXe siècles
- Études nietzschéennes
- Histoire et philosophie de la théorie de l'évolution
- Études foucaldiennes

Publications

Ouvrages en nom propre

  

Nietzsche, Paris, Les Belles Lettres, coll. « Figures du savoir », 2015.

Friedrich Wilhelm Nietzsche (1844-1900), philosophe allemand, est connu pour avoir proclamé « la mort de Dieu », théorisé « la volonté de puissance » et enseigné « l'éternel retour de l’identique ».
Ces formules célèbres ont souvent masqué la nature de l’entreprise que Nietzsche s’est assignée.
Récusant toute vérité définitive, sa philosophie est une constante expérimentation qui multiplie les perspectives. Elle s’organise pourtant à partir d’une unique problématique culturelle qui remet en question le partage entre théorie et pratique : il s’agit, en mettant à profit la connaissance de l’histoire et des sciences de la nature, d’« élever » l’homme, tant au sens d’un élevage zoologique que d’une élévation de valeur, pour en faire un être plus épanoui et plus puissant qu’il ne l’a été jusqu’à présent sous l’emprise des valeurs judéo-chrétiennes. Nietzsche propose ainsi une véritable « transvaluation de toutes les valeurs », qui se veut tout autre chose qu’un retour à la barbarie des origines.
Après l’analyse des tensions et des ruptures à la faveur desquelles Nietzsche devient Nietzsche, cet essai présente les concepts qui structurent son projet biologico-culturel. L’étude de quelques postérités décisives peut alors montrer, pour finir, le caractère à la fois fécond et dangereux de la réflexion nietzschéenne. Celle-ci reste présente dans la pensée philosophique contemporaine, en particulier chez les auteurs qui revendiquent une démarche « généalogique ».


Pourquoi une Généalogie de la morale ? Le projet de Nietzsche, ses sources et son horizon, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2023.

Ce livre vise à redécouvrir le projet de recherche collectif, interdisciplinaire et fondamentalement ouvert que Nietzsche a présenté dans la Généalogie de la morale en 1887. Paradoxalement, la généalogie nietzschéenne a en effet été méconnue par les premiers interprètes qui en ont fait un philosophème à part entière : en particulier par Gilles Deleuze, dont le Nietzsche et la philosophie, paru en 1962, a présenté à tort la généalogie de la morale comme un concept propre à Nietzsche. Ce n’est pas ce que nous dit Nietzsche et il est essentiel de l’entendre. Car non seulement Nietzsche se reconnaît des prédécesseurs en matière de généalogie, comme l’Allemand Paul Rée et l’Anglais Herbert Spencer, mais son intervention personnelle dans ce champ consiste bien souvent à corriger des hypothèses antérieures trop « azurées ». Il faut donc lire les auteurs que Nietzsche a lus pour mesurer ses dettes, discerner ses originalités et saisir les enjeux de son travail. On mesure ainsi le sérieux philologique de son entreprise, qui en accroît à vrai dire la portée philosophique, y compris dans une perspective contemporaine. Suivant cette orientation générale, le présent ouvrage se décompose en une série d’études qui se focalisent successivement sur la préface et sur les trois traités. Un premier chapitre interroge la fonction que Nietzsche attribue à une généalogie de la morale : le généalogiste produit une critique méthodique de notre morale judéo-chrétienne, en s’appuyant pour cela sur les sciences historiques et les sciences du vivant, mais sans renoncer à la spécificité de son regard de philosophe. Un deuxième chapitre montre ensuite comment Nietzsche remet en question notre croyance spontanée en un concept stable de moralité qui aurait traversé l’histoire. Au lieu de postuler a priori ce prétendu universel, il convient de retracer l’histoire réelle du vocabulaire moral pour en faire un fil conducteur généalogique. Le troisième chapitre analyse dans cette perspective l’émergence de la catégorie de « faute », telle qu’elle est reconstituée par Nietzsche au moyen d’une distinction anthropologique centrale entre faute et responsabilité : des millénaires durant, on a puni sans présupposer la moindre faute intentionnelle de l’individu, contrairement à notre principe juridique moderne du nulla poena sine culpa (« pas de châtiment sans faute »). Enfin, un dernier chapitre s’intéresse à la généalogie des idéaux ascétiques esquissée par le troisième traité, qui repose sur une autre distinction terminologique cruciale de Nietzsche entre sens (Sinn) et signification (Bedeutung) : ce que signifie généalogiquement le vaste succès de l’idéal ascétique est, ni plus ni moins, le fait global qu’il a jusqu’à présent été le seul à donner un sens à la souffrance humaine.

 

Directions d'ouvrages collectifs


En ligne sur le site OpenEdition Journals

La Généalogie de la morale est un livre dont l’importance philosophique est largement reconnue : elle est probablement devenue l’ouvrage le plus célèbre de son auteur, voire celui auquel on réduit Nietzsche, au risque d’oublier les textes qui précèdent ou qui suivent cet « écrit polémique » de 1887. Or une telle valorisation de la Généalogie au détriment des œuvres qui l’entourent a souvent procédé de perspectives extérieures à Nietzsche, qu’on tentait de projeter sur le livre. Peut-on au contraire prendre au sérieux la Généalogie de la morale sans chercher à la réinscrire dans un cadre philosophique extra-nietzschéen ? Peut-être conviendrait-il de prêter attention au projet de recherche collectif que la Généalogie de la morale esquisse elle-même : celui d’une « histoire de la morale réelle », que la philosophie est invitée à retracer en dialogue avec les sciences humaines et les sciences de la vie.

 

Les métamorphoses de la « généalogie » après Nietzsche, Emmanuel Salanskis, Quentin Landenne (dir.), Bruxelles, Presses de l’Université Saint-Louis, 2022.

Les contributions réunies dans ce volume visent à explorer le champ des postérités généalogiques de Nietzsche. Dans cette perspective, il convient d’abord de faire une nette distinction entre la dimension programmatique de la Généalogie de la morale et les postérités effectives que le livre a eues par la suite aux XXe et XXIe siècles, pour tenter ensuite de comprendre comment le mot « généalogie » a pu se détacher de Nietzsche et acquérir progressivement des significations multiples, bien au-delà de ce que Nietzsche lui-même avait pu anticiper ou imaginer. Il s’agit ainsi de se confronter à un enjeu crucial pour l’historien des idées : celui de retracer les métamorphoses du supposé concept nietzschéen de généalogie, notamment après ses reprises décisives par Deleuze et Foucault, pour faire ressortir la créativité, l’originalité et peut-être aussi la pertinence contemporaine de ces nouveaux discours. Cheminant dans cette direction, notre volume esquisse une sorte de généalogie des « généalogies ». Il montre comment de nombreux lecteurs de Nietzsche ont fait « grincer » et « crier » sa pensée en se la réappropriant sous les espèces de la généalogie.

 

Articles

« Nietzsche et la fiction de l’inconditionné »,Nietzsche-Studien, Bd.39, 2010, p. 309-332. 

« Moralistes darwiniens: les psychologies évolutionnistes de Nietzsche et Paul Rée »,Nietzsche-Studien,Bd.42, 2013, p. 44‑66.

« Sobre o eugenismo e sua justificação maquiaveliana em Nietzsche » (« Nietzsche on eugenics and its Machiavellian justification »),Cadernos Nietzsche,n°32, 2013, p. 167‑201.

Nietzsche »,Cahiers philosophiques de Strasbourg, n° 40 : « Nietzsche, philologue et philosophe », 2016, p. 55-70.

« La dimension eugéniste de la “grande politique” de Nietzsche »,Nietzsche, pensatoredellapolitica ? Nietzsche, pensatore del sociale ?,a cura di C. Denat e Ch. Piazzesi, Pisa, Edizioni ETS, 2017, p. 169-185.

 

Participation à des ouvrages collectifs

« Freud interprète : logique d’une expansion »,P. Wotling (dir.), L’Interprétation, Paris, Vrin, coll. Thema, 2010, p. 119-143.

« “La langue retrouvée du sentiment juste” : la réflexion de Nietzsche sur l’art wagnérien à la veille de Bayreuth », C. Denat, P. Wotling (dir.),Nietzsche. Un art nouveau du discours, Reims, Éditions et presses universitaires de Reims, 2013, p. 127-158.

« Nietzsche et “la grande préhistoire de l’humanité” : l’anthropologie d’Aurore comme renversement de perspective », C. Denat, P. Wotling (dir.),Aurore, tournant dans l’œuvre de Nietzsche ?, Reims, Éditions et presses universitaires de Reims, 2015, p. 135-161.

  « La médicalisation nietzschéenne du “cas Wagner” », C. Denat, P. Wotling (dir.),Nietzsche. Les textes sur Wagner, Reims, Éditions et presses universitaires de Reims, 2015, p. 117‑134.

« Nietzsche et Wagner, un problème pour philosophes », préface du volume : C. Denat, P. Wotling (dir.),Nietzsche. Les textes sur Wagner, Reims, Éditions et presses universitaires de Reims, 2015, p. 7-32.

 « “Une généalogie de l’"âme" moderne” : sur l’inspiration nietzschéenne de Foucault dans Surveiller et punir », C. Denat, P. Wotling (dir.),Langage et pensée dans la philosophie française, Reims, Éditions et presses de l’université de Reims, 2016, p. 169-187.

 « La question du progrès dans Humain, trop humain », C. Denat, P. Wotling (dir.), Généalogie et critique de la culture dans Humain, trop humain,Reims, Éditions et presses de l’université de Reims, à paraître 2017.

 

Publications dans des actes

« Wagner dans la vie de Nietzsche : une conversion suivie d’une apostasie »,Les Cahiers de la nuit de la philosophie 2009, Aix-en-Provence, Centre Darius Milhaud, 2010, p. 25-44.

« Nietzsche lecteur de The Data of Ethics : une critique évolutionniste de la morale de Spencer », N. Bender (dir.),Arts et savoirs, n° 4 : « Herbert Spencer en France », 2014.

« Nietzsche acerca da persuasão wagneriana », M. José Silveira Lima, A. Luís Mota Itaparica (dir.), Verdade e linguagem em Nietzsche, Salvador, Edufba, 2014, p. 59‑74.

« L’invention du Bien et du Mal en soi selon Nietzsche », Les Cahiers de la Nuit de la Justice, 2014, p. 26-34.

« Un prisme de la pensée historique de Nietzsche : l’élevage »,B. Binoche, A. Sorosina (dir.), Les Historicités de Nietzsche, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. « La philosophie à l’œuvre », 2016,p. 183-196.

« Nietzsche contra Deleuze : sur le choix du mot “généalogie” », A. Kebir, G. Mahéo (dir.), La Généalogie. Histoire et usages, Paris, CNRS Éditions, à paraître 2017.

« Nietzsche, Heidegger et la question du “prétendu biologisme” », J. Leclercq, Cl. Bertot (dir.), Nietzsche et la phénoménologie. De l’apparence à l’apparaître, Paris, Classiques Garnier, à paraître 2017.

 

Contribution à des dictionnaires et des manuels

-        Participation au Dictionnaire Freud, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2015, sous la direction de Sarah Contou-Terquem. Entrées : « Charcot, Jean-Martin » (p. 164‑166), « Darwin (Charles), Lamarck (Jean-Baptiste de) et Freud » (p. 219-221), « Hérédité » (p. 421‑424), « Nietzsche (Friedrich) et Freud » (p. 681-684).

-        Participation au Dictionnaire Nietzsche,Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », sous la direction de Dorian Astor, 2017. Entrées : « animal » (p. 32-35), « aryen » (p. 61‑62), « fort/faible » (p. 338-343), « Francis Galton » (p. 366-367), « Joseph Arthur de Gobineau » (p. 389-391), « Ernst Haeckel » (p. 412-413), « hérédité » (p. 435-438), « race » (p. 750-752), « Wilhelm Roux » (p. 790-791, « sélection » (p. 816-819), « souffrance » (p. 841-845).

-        Participation au Dicionário Nietzsche du Grupo de Estudos Nietzsche, São Paulo, Edições Loyola,2016. Entrées : « A Gaia Ciência » (p. 55-59), « animal de rebanho » (p. 112-114), « corpo » (p. 159-161), « cultivo » (p. 170-173), « educação » (p. 194-196), « grande saúde » (p. 249‑251), « hereditariedade » (p. 251-253), « hierarquia » (p. 253-255), « humanidade » (p. 260-261), « justiça » (p. 280‑282), « raça » (p. 350-352). Rédaction de la préface du dictionnaire en collaboration avec Eder Corbanezi (p. 18-24).

-        Participation au Dictionnaire de l’humain coordonné par Anne Lefebvre, Isabelle Rivoal, Albert Piette et Jean-Michel Salanskis, à paraître en 2017 aux Presses Universitaires de Paris Nanterre, dans le cadre du projet Université Paris Lumières « L’homme impensé : débats et enquêtes ». Entrée « Évolution darwinienne ».

-        Notice « Nietzsche » du manuel Une histoire de la philosophie, sous la direction d’Arnaud Bouaniche et de Jean Leclercq, Bruxelles, Éditions de boeck, coll. « le point philosophique », à paraître 2017.