CM Philosophie ancienne
Licence PhilosophieParcours Philosophie
Description
La puissance de la parole (logos) :
poésie, sophistique et philosophie dans l'Athènes de l'Antiquité
Logos est un maître puissant, qui, par un corps minuscule et invisible, produit les effets les plus divins, disait le rhéteur Gorgias dans l’Éloge d’Hélène. Il résumait ainsi en une phrase la fascination de tout un peuple pour la parole, par laquelle se conquérait une forme de suprématie dans le cercle des hommes libres et égaux au sein de la cité. Comme l’écrivit Nietzsche dans l’Histoire de l’éloquence grecque, « dans l’ensemble, les Grecs s’éprouvent comme les parlants », jugement appuyé sur le poète tragique Sophocle ou encore sur l’historien Diodore, qui écrivait au -ier siècle : « on pourra difficilement citer un avantage supérieur au discours (logos). Car c’est par lui que les Grecs l’emportent sur les Barbares, et les hommes cultivés sur les incultes ; en outre, ce n’est que par lui qu’il devient possible qu’un seul homme en domine beaucoup d’autres ». Le présent cours explorera cette appréciation hyperbolique du logos en la replaçant dans la culture agonale des Grecs de l’Antiquité et dans la manière dont ils ont tenté de sublimer leurs pulsions violentes dans une joute (agôn) de paroles qui, certes, n’a pas supprimé la violence, mais l’a néanmoins canalisée. Le logos, dont le premier sens usuel n’est pas « raison » ni même « discours » mais bien « parole », s’inscrit dans des problématiques de puissance, de persuasion, de démocratie, de brillance parmi ses semblables, et donc aussi de style et de beauté, tout autant que de recherche d’une vérité rationnelle et démontrable logiquement, peu à peu déliée de toute autorité extérieure à cette recherche elle-même, notamment grâce à l’apport décisif des sophistes. À travers la puissance du logos, c’est la puissance de la rationalité qui s’élabore progressivement, sans se séparer de la puissance des affects véhiculés par cette même parole.
En support à cette exploration, et afin que les étudiant·es puissent s’approprier des textes dans leur continuité, on procédera à une étude suivie de l’Éloge d’Hélène du rhéteur Gorgias d’une part, et du dialogue de Platon intitulé Gorgias d’autre part, où la puissance du logos rencontre ses limites. Le reste des textes sera sollicité de manière ponctuelle, via des extraits tirés de quelques références majeures de la poésie antique (Homère, Hésiode, les poètes tragiques, Aristophane), de la sophistique (Gorgias, Protagoras, Prodicos, Alcidamas) et de la philosophie (Platon, Aristote), sans oublier l’historien Thucydide. La polémique que mène Platon contre, d’un côté, la poésie, de l’autre, la rhétorique sera mise en valeur et interprétée à la lumière de la culture agonale de l’Antiquité.
Compétences visées
Au terme de cette formation, l’étudiant est capable d’identifier les principaux courants de pensée de l’Antiquité, d’en restituer les enjeux métaphysiques, éthiques, politiques, et d’utiliser les concepts fondateurs de la philosophie dans sa réflexion personnelle et son approche du monde.
Informations complémentaires
Attention : les deux heures de ce cours doivent être complétées par au moins deux heures de cours suivies à la Faculté de Lettres ou la Faculté de Sciences historiques, au choix :
- module de grec ancien (cours de langue), au niveau qui convient pour chaque étudiant·e. Pour les grands débutants, il faut veiller à avoir pris le cours de grec dès le premier semestre ;
- module de latin (cours de langue), au niveau qui convient pour chaque étudiant·e. Pour les grands débutants, il faut veiller à avoir pris le cours de latin dès le premier semestre ;
- cours de littérature grecque ou de littérature latine choisie dans la liste des modules ouverts aux non-spécialistes à la Faculté de Lettres, disponibles ici (utiliser la colonne de gauche pour filtrer par composante et sélectionner « Faculté des lettres ») :
https://formations.unistra.fr/fr/recherche-ue-libre.html
- cours d’histoire antique (grecque ou romaine) choisi dans la liste des modules ouverts aux non-spécialistes à la Faculté de Sciences historiques :
https://histoire.unistra.fr/formation/cours-proposes-aux-etudiants-des-autres-filieres.
La compatibilité d’emploi du temps est garantie pour les modules de grec ancien seulement. Les étudiant·es doivent vérifier la compatibilité d’emploi du temps pour les autres cours avant de les choisir. Il est recommandé de demander préalablement l’approbation de l’enseignant·e concerné et d’informer Mme Merker.
Bibliographie
Textes antiques à lire intégralement
Gorgias, Éloge d’Hélène, dans Les Sophistes, t. 1, présentations et traductions sous la direction de J.-F. Pradeau, Paris, GF Flammarion, 2009.
Platon, Gorgias, trad. Léon Robin, dans La Pléiade aux éditions Gallimard, 1950 (sinon : trad. par Monique Canto-Sperber, Paris, GF Flammarion).
Textes antiques sollicités ponctuellement par le cours et à consulter
Les Sophistes (2 tomes), présentations et traductions sous la direction de JF. Pradeau, Paris, GF Flammarion, 2009 (on y trouvera la traduction des textes et témoignages touchant Gorgias, Protagoras, Prodicos et Alcidamas).
Platon : on sollicitera ponctuellement les dialogues suivants, disponibles en Pléiade (trad. Léon Robin), en GF, aux éditions Librairie générale française ou aux Belles Lettres en bilingue : Apologie de Socrate, Phédon, Phèdre, Cratyle, Théétète,Le Sophiste (à lire dans la trad. de Létitia Mouze), La République, Les Lois.
Les autres auteurs antiques sont à consulter dans la Collection des Universités de France (CUF, collection “Budé”), aux Belles Lettres : Homère, Hésiode, Eschyle, Sophocle, Euripide, Thucydide, Aristophane, Aristote.
Études (lecture facultative)
Nietzsche, Histoire de l’éloquence grecque, dans Écrits philologiques de Nietzsche, t. X : Rhétorique, texte établi, traduit et présenté par A. Merker, Paris, Les Belles Lettres, 2020.
Pernot Laurent, La Rhétorique dans l’Antiquité, Librairie générale française, 2000.